Par Pascale Alajouanine
Née en terre Ch’ti, de Père ingénieur, qui n’avait approché l’aéronautique que lors de son service militaire dans l’armée de l’air, pourtant les prémices de mon goût pour la voltige se révélèrent tôt, lorsque petite fille, debout sur la balançoire, je m’élançais inlassablement dans le but d’effectuer une boucle autour de la branche d’amarrage, sous les yeux horrifiés de ma Mère. Mon goût pour la compétition fut aussi précoce, puisque je m’évertuais à faire plus vite et mieux tout ce que mon Frère jumeau entreprenait. Saine émulation qui me permit plus tard de pratiquer avec bonheur le ski, le tir de précision et la conduite sportive…
En un mot, on me décerna rapidement l’étiquette de « garçon manqué » avec goût immodéré pour la vitesse et la liberté, qui ne nuisit nullement à ma féminité !
J’ai choisi de faire des études d’opticienne car ce métier combinait la recherche de l’esthétique, le contact humain, la technique de précision et la gestion. Je l’ai toujours exercé en parallèle avec ma carrière de sportive de haut niveau.
En 1981, alors jeune Maman et épouse de Régis ALAJOUANINE, pilote et fondateur de « l’Amicale de Voltige Aérienne», je pris ma première leçon de pilotage à Guyancourt sur un CAP 10. Le Docteur Fernand DIGEON, médecin O.R.L, ancien explorateur des expéditions polaires, aux côtés de Paul-Emile VICTOR, fut mon instructeur bénévole et se révéla un Homme hors du commun qui devint « mon Maître et mon Ami » celui qui allait me guider pour devenir ce que modestement je suis.
Chaque séance de pilotage de base était ponctuée, en guise de récompense, de tonneaux, boucles, renversements. Privilège assez rare, j’étais en mesure lors de mon premier lâcher, moment inoubliable, d’effectuer après les tours de piste réglementaires, un tonneau et une boucle avant de me poser avec la plus grande concentration.
Le club formait de nombreux élèves, principalement le week-end, et je m’occupais de l’intendance pour les stagiaires, adorant partager ces moments de convivialité entre deux vols. Dans le même temps je progressais et l’envie de me mesurer aux autres pilotes en défendant les couleurs de mon club s’installa.
Discipline de rigueur et de précision, la voltige m’a procuré un sentiment de liberté, d’excitation et de volonté de progresser .Mon premier podium à la coupe Espoirs 1er cycle en 85, le second à la coupe DESAVOIS 2iè cycle en 87, et mon titre de Championne de France catégorie biplace en 89 marquèrent le début d’une carrière que je n’imaginais pas possible. Deux pannes moteur avant ces compétitions n’ont pas eu raison de mon optimisme et de ma motivation, et les problèmes mécaniques finirent par être pour moi le signe avant-coureur d’une victoire possible!
Le club s’est doté en 90 d’un CAP 20, monoplace de 200 cv, sur lequel je me suis entraînée, manche à deux mains tant les commandes étaient lourdes ! Auguste MUDRY, constructeur des CAP et Père de la voltige Française, vint à mon secours en me prêtant un CAP 231 de 300 cv pour disputer la coupe DORET à armes égales avec mes concurrents. Le club se mobilisa à nouveau pour acquérir cette machine et me permettre d’honorer ma sélection en équipe de France à partir de 1992, d’abord comme remplaçante puis comme titulaire en 1993.
L’accueil était mitigé, mon profil de « minette » bijoutée, maquillée, ne collait pas vraiment au stéréotype de la sportive de haut niveau ! Mais mon goût du challenge m’a incitée à me dépasser pour me faire une place dans cette équipe chevronnée, entraînée par Claude BESSIERE, champion du Monde 90.
La Première récompense tomba en 94 avec un titre de Championne du Monde par équipe, me classant seconde française derrière Christine GENIN, championne du Monde 94.
La consécration vint en 95 avec le double titre de championne de France à Montluçon et d’Europe en Tchéquie, au terme d’une bataille acharnée avec d’excellentes pilotes Russes Natalia SERGEEVA et Svetlana KAPANINA. Quatrième avant le programme inconnu, grâce à un vol qui se déroula aussi précis que dans un rêve, soit quelques minutes de rare sublimation, je reprenais la première place au classement général. Merveilleuse surprise qui dépassait mes espérances.
Mon autre doublé gagnant France- Europe arriva en 2002, après quelques médailles dans des programmes des compétitions internationales entre 96 et 2001, et deux titres de championne de France en 96 et 2000. Cette seconde victoire en Lituanie se fit à l’arraché, Les Russes me talonnaient de près, le stress m’envahissait, j’ai réagi en décidant de voler uniquement pour le plaisir, en occultant la pression du résultat, ça a marché !
C’est après un autre titre de championne de France en 2004, et une médaille d’argent au libre du championnat du Monde 2005, qu’a cessé la belle aventure de compétitrice, mais pas question pour autant d’arrêter de voler ! Désormais je continue de le faire dans les meetings aériens, pour le plaisir du public, aux quatre coins de la France mais aussi en Europe et j’apprécie beaucoup la convivialité de ces rendez-vous et la nouvelle qualité des échanges grâce à ma plus grande disponibilité.
Vingt années de compétition m’ont beaucoup appris, notamment l’acceptation de l’échec et sa richesse dans la démarche de remise en question. Chaque victoire m’a aidée à évoluer dans ma vie personnelle, à oser dire et oser faire. Ce combat, avant tout contre moi-même, a augmenté mon niveau de conscience, et m’a aidée à prendre du recul pour positiver, y compris face aux petits coups bas…
L’intérêt de ce parcours se situe dans le souvenir des superbes rencontres humaines que j’ai eu la chance de vivre, d’autant plus fortes que le stress était intense, et pour n’en citer qu’une, j’évoquerai la mémoire du Capitaine Jean-Michel DELORME, excellent pilote, coéquipier aux qualités humaines remarquables, qui rayonnait d’enthousiasme et d’altruisme.
Grâce au fidèle soutien de mes partenaires, de mon club, de mes amis pilotes, des organisateurs de meetings, se poursuit aujourd’hui le rêve, entretenu par un plaisir intact, et si j’ai pu en dessinant dans le ciel, susciter quelques vocations, ou ouvrir quelques voies du possible, j’aurai rempli mon rôle!






















